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Actes de l'oeuvre
L'École des femmes :

¤Acte 1
¤Acte 2
¤Acte 3
¤Acte 4
¤Acte 5
ºSCÈNE PREMIÈRE
ºSCÈNE II
ºSCÈNE III
ºSCÈNE IV
ºSCÈNE V
ºSCÈNE VI
ºSCÈNE VII
ºSCÈNE VIII
ºSCÈNE IX
 
 

 

L'École des femmes » Acte 5 » SCÈNE IX

AGNÈS, ALAIN, GEORGETTE, HENRIQUE, ORONTE, CHRYSALDE, HORACE, ARNOLPHE.


ARNOLPHE
Venez, belle, venez,
Qu'on ne saurait tenir, et qui vous mutinez,
1720 Voici votre galant, à qui pour récompense
Vous pouvez faire une humble et douce révérence*.
(À Horace)
Adieu, l'événement trompe un peu vos souhaits;
Mais tous les amoureux ne sont pas satisfaits.

AGNÈS
Me laissez-vous, Horace, emmener de la sorte?

HORACE
1725 Je ne sais où j'en suis, tant ma douleur est forte.

ARNOLPHE
Allons, causeuse, allons.

AGNÈS
Je veux rester ici.

ORONTE
Dites-nous ce que c'est que ce mystère-ci,
Nous nous regardons tous sans le pouvoir comprendre.

ARNOLPHE
Avec plus de loisir je pourrai vous l'apprendre,
Jusqu'au revoir.

ORONTE
1730 Où donc prétendez-vous aller?
Vous ne nous parlez point, comme il nous faut parler.

ARNOLPHE
Je vous ai conseillé malgré tout son murmure,
D'achever l'hyménée*.

ORONTE
Oui, mais pour le conclure
Si l'on vous a dit tout, ne vous a-t-on pas dit
1735 Que vous avez chez vous celle dont il s'agit?
La fille qu'autrefois de l'aimable Angélique
Sous des liens secrets eut le seigneur Enrique.
Sur quoi votre discours était-il donc fondé?

CHRYSALDE
Je m'étonnais aussi de voir son procédé.

ARNOLPHE
Quoi...

CHRYSALDE
1740 D'un hymen* secret ma sœur eut une fille,
Dont on cacha le sort à toute la famille.

ORONTE
Et qui sous de feints noms pour ne rien découvrir,
Par son époux aux champs fut donnée à nourrir.

CHRYSALDE
Et dans ce temps le sort lui déclarant la guerre,
1745 L'obligea de sortir de sa natale terre.

ORONTE
Et d'aller essuyer mille périls divers
Dans ces lieux séparés de nous par tant de mers.

CHRYSALDE
Où ses soins ont gagné ce que dans sa patrie
Avaient pu lui ravir l'imposture et l'envie*.

ORONTE
1750 Et de retour en France, il a cherché d'abord
Celle à qui de sa fille il confia le sort.

CHRYSALDE
Et cette paysanne a dit avec franchise,
Qu'en vos mains à quatre ans elle l'avait remise.

ORONTE
Et qu'elle l'avait fait sur votre charité*,
1755 Par un accablement d'extrême pauvreté.

CHRYSALDE
Et lui plein de transport, et l'allégresse en l'âme*
A fait jusqu'en ces lieux conduire cette femme.

ORONTE
Et vous allez, enfin, la voir venir ici
Pour rendre aux yeux de tous ce mystère éclairci.

CHRYSALDE
1760 Je devine à peu près quel est votre supplice,
Mais le sort en cela ne vous est que propice;
Si n'être point cocu vous semble un si grand bien,
Ne vous point marier en est le vrai moyen.

ARNOLPHE, s'en allant tout transporté et ne pouvant parler.
Oh!

ORONTE
D'où vient qu'il s'enfuit sans rien dire?

HORACE
Ah mon père
1765 Vous saurez pleinement ce surprenant mystère.
Le hasard en ces lieux avait exécuté
Ce que votre sagesse avait prémédité.
J'étais par les doux nœuds d'une ardeur mutuelle*,
Engagé de parole avecque cette belle;
1770 Et c'est elle en un mot que vous venez chercher,
Et pour qui mon refus a pensé vous fâcher.

ENRIQUE
Je n'en ai point douté d'abord que je l'ai vue,
Et mon âme depuis n'a cessé d'être émue.
Ah! ma fille, je cède à des transports si doux.

CHRYSALDE
1775 J'en ferais de bon cœur, mon frère, autant que vous.
Mais ces lieux et cela ne s'accommodent guères;
Allons dans la maison débrouiller ces mystères,
Payer à notre ami ses soins officieux,
Et rendre grâce au Ciel qui fait tout pour le mieux.