Accueil Biographie Personnages Contact Sites partenaires
»L'Étourdi ou les contretemps
»Les Precieuses ridicules
»Le Dépit Amoureux
»Sganarelle ou le cocu imaginaire
»Dom Garcie de Navarre ou le Prince jaloux
»L'École des maris
»Les Fâcheux
»L'École des femmes
»La Critique de L'École des femmes
»L'Impromptu de Versailles
»Le mariage forcé
»La Princesse d'Élide
»Le Tartuffe ou l'Imposteur
»Dom Juan ou le Festin de pierre
»L'Amour Médecin
»Le Misanthrope
»Le médecin malgré lui
»Mélicerte
»Pastorale comique
»Le Sicilien ou l'Amour peintre
»Amphitryon
»George Dandin ou le mari confondu
»L'Avare
»Monsieur de Pourceaugnac
»Les amants magnifiques
»Le bourgeois gentilhomme
»Psyché
»Les fourberies de Scapin
»La Comtesse d'Escarbagnas
»Les Femmes savantes
»Le Malade imaginaire
     
Actes de l'oeuvre
L'École des femmes :

¤Acte 1
¤Acte 2
¤Acte 3
¤Acte 4
¤Acte 5
ºSCÈNE PREMIÈRE
ºSCÈNE II
ºSCÈNE III
ºSCÈNE IV
ºSCÈNE V
ºSCÈNE VI
ºSCÈNE VII
ºSCÈNE VIII
ºSCÈNE IX
 
 

 

L'École des femmes » Acte 5 » SCÈNE II

HORACE, ARNOLPHE.


HORACE
Il faut que j'aille un peu reconnaître qui c'est.

ARNOLPHE
Eût-on jamais prévu... Qui va là? s'il vous plaît.

HORACE
C'est vous, Seigneur Arnolphe?

ARNOLPHE
Oui; mais vous...

HORACE
C'est Horace.
Je m'en allais chez vous, vous prier d'une grâce,
Vous sortez bien matin!

ARNOLPHE, bas
1370 Quelle confusion!
Est-ce un enchantement? est-ce une illusion?

HORACE
J'étais, à dire vrai, dans une grande peine;
Et je bénis du Ciel la bonté souveraine,
Qui fait qu'à point nommé je vous rencontre ainsi.
1375 Je viens vous avertir que tout a réussi,
Et même beaucoup plus que je n'eusse osé dire;
Et par un incident qui devait* tout détruire.
Je ne sais point par où l'on a pu soupçonner
Cette assignation qu'on m'avait su donner:
1380 Mais étant sur le point d'atteindre à la fenêtre
J'ai, contre mon espoir, vu quelques gens paraître,
Qui sur moi brusquement levant chacun le bras
M'ont fait manquer le pied et tomber jusqu'en bas;
Et ma chute aux dépens de quelque meurtrissure,
1385 De vingt coups de bâton m'a sauvé l'aventure.
Ces gens-là, dont était je pense mon jaloux,
Ont imputé ma chute à l'effort de leurs coups,
Et comme la douleur un assez long espace
M'a fait sans remuer demeurer sur la place,
1390 Ils ont cru tout de bon qu'ils m'avaient assommé,
Et chacun d'eux s'en est aussitôt alarmé.
J'entendais tout leur bruit dans le profond silence*,
L'un l'autre ils s'accusaient de cette violence,
Et sans lumière aucune en querellant le sort,
1395 Sont venus doucement tâter si j'étais mort.
Je vous laisse à penser si dans la nuit obscure,
J'ai d'un vrai trépassé su tenir la figure.
Ils se sont retirés avec beaucoup d'effroi;
Et comme je songeais à me retirer moi,
1400 De cette feinte mort la jeune Agnès émue,
Avec empressement est devers moi venue:
Car les discours qu'entre eux ces gens avaient tenus,
Jusques à son oreille étaient d'abord* venus,
Et pendant tout ce trouble étant moins observée,
1405 Du logis aisément elle s'était sauvée.
Mais me trouvant sans mal elle a fait éclater
Un transport difficile à bien représenter.
Que vous dirai-je? enfin cette aimable personne
A suivi les conseils que son amour lui donne,
1410 N'a plus voulu songer à retourner chez soi,
Et de tout son destin s'est commise à ma foi.
Considérez un peu par ce trait d'innocence
Où l'expose d'un fou la haute impertinence;
Et quels fâcheux périls elle pourrait courir,
1415 Si j'étais maintenant homme à la moins chérir?
Mais d'un trop pur amour mon âme est embrasée,
J'aimerais mieux mourir que l'avoir abusée.
Je lui vois des appas dignes d'un autre sort,
Et rien ne m'en saurait séparer que la mort.
1420 Je prévois là-dessus l'emportement d'un père:
Mais nous prendrons le temps d'apaiser sa colère.
À des charmes si doux je me laisse emporter,
Et dans la vie, enfin, il se faut contenter.
Ce que je veux de vous sous un secret fidèle,
1425 C'est que je puisse mettre en vos mains cette belle,
Que dans votre maison, en faveur de mes feux,
Vous lui donniez retraite au moins un jour ou deux.
Outre qu'aux yeux du monde il faut cacher sa fuite,
Et qu'on en pourra faire une exacte poursuite*,
1430 Vous savez qu'une fille aussi de sa façon
Donne avec un jeune homme un étrange soupçon.
Et comme c'est à vous, sûr de votre prudence
Que j'ai fait de mes feux entière confidence;
C'est à vous seul aussi comme ami généreux
1435 Que je puis confier ce dépôt amoureux.

ARNOLPHE
Je suis, n'en doutez point, tout à votre service.

HORACE
Vous voulez bien me rendre un si charmant office?

ARNOLPHE
Très volontiers, vous dis-je, et je me sens ravir
De cette occasion que j'ai de vous servir.
1440 Je rends grâces au Ciel de ce qu'il me l'envoie,
Et n'ai jamais rien fait avec si grande joie.

HORACE
Que je suis redevable à toutes vos bontés!
J'avais de votre part craint des difficultés:
Mais vous êtes du monde, et dans votre sagesse
1445 Vous savez excuser le feu de la jeunesse,
Un de mes gens la garde au coin de ce détour*.

ARNOLPHE
Mais comment ferons-nous? car il fait un peu jour;
Si je la prends ici, l'on me verra, peut-être,
Et s'il faut que chez moi vous veniez à paraître,
1450 Des valets causeront. Pour jouer au plus sûr,
Il faut me l'amener dans un lieu plus obscur,
Mon allée* est commode, et je l'y vais attendre.

HORACE
Ce sont précautions qu'il est fort bon de prendre.
Pour moi je ne ferai que vous la mettre en main,
1455 Et chez moi sans éclat je retourne soudain.

ARNOLPHE,seul.
Ah fortune! ce trait d'aventure propice,
Répare tous les maux que m'a faits ton caprice.